06.05.2009 22:14:35

Les Mauritaniens à Paris occupent l'Ambassade et y rétablissent l'ordre constitutionnel pendant quelques heures

Une partie du groupe d'occupants de l'Ambassade posant devant la cheminée de la salle centrale. On y voit, contre la glace, les portraits du Limogé (à l'envers) et celui du Président qui le surmonte.

Une partie du groupe d'occupants de l'Ambassade posant devant la cheminée de la salle centrale. On y voit, contre la glace, les portraits du Limogé (à l'envers) et celui du Président qui le surmonte.

Un groupe de militants anti-putschistes a pris le contrôle, aujourd'hui, de l'Ambassade de Mauritanie à Paris. La grande salle, les bureaux et le standard on été investis par les opposants au coup d'Etat du Général Aziz. Le portrait de ce dernier a été décroché, lacéré et retourné puis surmonté de celui du Président démocratiquement élu. Par cette action spectaculaire, pacifique et minutieusement organisée, les militants démocrates ont voulu rétablir, symboliquement, l'ordre constitutionnel sur ce petit bout de la Mauritanie que constitue son ambassade à Paris. Récit.

 

Sit in à l'intérieur de l'ambassade de Mauritanie à Paris

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Le secret avait été bien gardé. Seuls cinq ou six militants avaient discuté de l'occupation de l'Ambassade, les jours précédents. Le reste du groupe, une autre dizaine de militants, sera mis au parfum juste la veille. Regroupement au métro de Trocadéro puis à celui de la porte Dauphine à 13 heures 30, pour viser le temps de la pause déjeuner.

Trois membres du groupe, des étudiants, sont envoyés en éclaireurs. Le reste de la petite troupe suit en s'étirant pour éviter d'éveiller les soupçons. Très vite, les étudiants accèdent à l'accueil en franchissant le grand portail de l'immeuble 5, rue Montevideo. Un "sms" de confirmation donna le signal au restant du groupe pour franchir le seuil en poussant les lourds battants.

La petite salle d'attente devant l'Accueil est vite remplie. On pria gentiment le gardien de composer les numéros, sur le digicode qui équipe la porte vitrée et qui donne accès au grand escalier menant aux étages. Premier étage, une vaste salle avec un coin salon, une grande table garnie de chaises à dossiers droits et une cheminée monumentale. A droite, le bureau d'une secrétaire puis celui de l'Ambassadrice, Madame Mint Awnen. On rassure la secrétaire en lui expliquant qu'il s'agit d'un sit-in pacifique avec un message politique clair et responsable et qu'elle n'a aucun souci à se faire. Le bureau de l'Ambassadrice est fermé à clé.

Un groupe d'occupants continue vers les étages supérieurs et prend possession du standard de l'Ambassade qui commence rapidement à  recevoir des appels. Les appels sont déclenchés par le dispositif de communication que les militants avaient mis en place. De l'intérieur de l'Ambassade mais aussi à partir de groupes restés à l'extérieur, une vague d'appels a vite été lancée en direction de la presse, française, arabe et mauritanienne. Les journalistes appellent le standard de l'ambassade pour avoir confirmation de la nouvelle de son occupation et tombe sur un occupant qui en profitera alors pour transmettre le message.

Trois messages, préparés à l'avance par les militants anti-putschistes sont matraqués:

 

1- c'est un sit-in pacifique, limité dans le temps ( 14 à 18 heures) et responsable. Il vise à dénoncer l'agenda unilatéral de la Junte et notamment les élections prévues le 6 juin 2009;

2- il s'agit de décrocher le portrait du Général limogé et de le remplacer par celui du Président élu au moins pendant le temps que durera le sit-in;

3- il s'agit de dénoncer les agissements de la cellule Nouakchottoise de la Direction Générale de la Sûreté Extérieure (DGSE, espionnage), dirigée par le Premier Secrétaire de l'Ambassade de France à Nouakchott, Monsieur Jean-Michel ANTONA. Monsieur Antona, joue au conseiller permanent du Général Aziz et l'aide, en coopération avec les réseaux de la Françafrique, à consolider son putsch contre la volonté des Mauritaniens.

Ecouter l'élément sonore diffusé par rfi dans son Journal Internationale de 19 heures, heure de Paris. 

Le gros de la troupe s'installe dans la grande salle, décroche le portrait géant de Aziz, le barre d'une large croix et le pose avec la tête dirigée vers le bas.

Des photocopies de portraits du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi avaient été apportées par les occupants en vue de les placarder sur les murs. Mais, en fouillant derrière les chaises empilées dans un coin, ils découvrirent un beau portrait du Président de la République, dans un excellent état de conservation. Etonnante découverte! Les militants anti-putschistes en ont conclu que Madame l'Ambassadrice, Mint Ewnen, n'avait pas voulu se débarrasser du portrait du Président élu, celui-là même qui l'avait nommée à ce poste prestigieux, de crainte que le vent ne tourne de nouveau...

Aucun portrait du Président du Sénat, Monsieur Ba M'baré, alors qu'il est censé être le Président par intérim. Serait-ce par racisme, par mépris ou les deux à la fois?

On vit un commissaire, Ould Essenane. L'Attaché militaire, lui aussi fit une brève apparition. A peine une heure après le début du sit-in, les voitures de la police française envahissent la rue devant l'ambassade. Des négociations sont engagées par un commissaire français avec les occupants qui arrivent vite à rassurer les autorités sur leurs intentions pacifiques, responsables et limitées dans le temps.

Un appel téléphonique déclencha le silence dans ce qu'il est convenu d'appeler une vraie petite ruche; c'est le Président de la République qui tenait à transmettre ses amitiés et ses encouragements, depuis Lemden. Des cris de joie et des applaudissements fusent.

Aux alentours de 16 heures, deux heures après le début de l'opération, on annonce l'arrivée de l'Ambassadrice. Visiblement en état de choc, elle passe devant la grande salle en coup de vent et s'engouffre dans son bureau au même étage.

Dehors, la presse afflue avec caméras et micros à profusion. Les occupants se mettent au balcon pour donner des interviews aux grandes chaînes internationales. Les téléphones entrent en concerts. Les sites électroniques d'informations diffusent la nouvelle à la vitesse de l'éclair.

A 17 heures 30, la police envahit les couloirs. L'Ambassadrice vient de donner l'ordre à une police étrangère de déloger des Mauritaniens réunis sur le petit bout de la Mauritanie que représente l'Ambassade. La limite, fixée par les organisateurs du sit-in étant 18 heures, ces derniers décident d'évacuer les lieux en prenant soin de laisser tout en ordre à part le portrait du Président légitime qui lui, était laissé à sa place, c'est à dire au-dessus de celui du Général limogé visible désormais  tête vers le bas.

Une fois dehors, les CRS procèdent à une vérification des identités de l'ensemble du groupe, ce qui prit un certain temps mais se passa sans encombre.

Les membres de ce groupe de militants anti-putschistes appartiennent à trois organisations de lutte pour le rétablissement de la légalité constitutionnelle en Mauritanie à savoir le FNDD-France, la CRM et For-Mauritania.

Ils espèrent, par cette action pacifique et responsable, avoir démontré aux autres Mauritaniens et notamment aux membres de la Diaspora, que le fait accompli n'est pas une fatalité et que ni le Général limogé, ni ses soutiens de barbouzes tels Jena-Michel ANTONA de la Cellule de la DGSE à Nouakchott, ne pourront nous imposer ce que nous refusons.