15.07.2009 17:01:37

Que Soit Parachevé maintenant le « Coup d’État » Civil

Dr. Boubacar N’Diaye  Chercheur/Politologue

Dr. Boubacar N’Diaye Chercheur/Politologue

 

Qu’il me soit permis tout d’abord de dire que je ne suis certainement pas un élément du « système Taya », n’en déplaise au Colonel Ely Ould Mohamed Vall. Eh oui, il y a en des millions comme moi.  J’ajoute que parmi les milliers qui, assurément, en ont fait partie, parce qu’ils « n’avaient pas le choix » selon la formule de Ould Mohamed Vall, je n’en connais pas beaucoup dont la maison rivalise avec le palais ocre et qui posséderaient des pans entiers de marchés à Nouakchott.  Il fallait bien que quelqu’un réponde à la fameuse question récemment posée, je suppose, à tous les Mauritaniens. 

Qu’il me soit également permis de dire au Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz que je ne suis pas non plus de la très décriée catégorie « roumouz el vessad ».  (Je présume qu’il ne devrait pas s’offusquer que je lui accole son grade d’avant 2007 puisque sa promotion était bien une faveur politique, et rien d’autre, n’est-ce pas? Serait-il erroné d’espérer que la rigueur morale dont il se targue l’emmène  à renoncer à une promotion que d’aucuns—à commencer par celui qui l’a accordée-- considéreront imméritée.)  Je vais ajouter aussi que je ne connais non plus beaucoup de « roumouz » qui dépensent à son rythme des centaines de millions d’UM qu’ils n’ont de toute évidence pas hérité. 

Mon propos ici est donc sans nuance.  Il commence par ne pas accepter de leçons ces deux colonels, dans le contexte actuel.

La date du 18 Juillet prochain sera l’occasion, pourtant non sollicitée, pour le peuple Mauritanien de faire ce que, très rarement, il est donné à un peuple de faire : perpétrer son propre coup d’état.  Lorsque pour quelque raison qui n’a toujours pas donnée de manière satisfaisante, les colonels Ould abdel Aziz et Ould Mohmed Vall ont décidé de renverser un autre Colonel, Ould Taya, ils ont simplement fait ce qui est dans la nature des régimes militaires ou quasi militaires et qui est aussi prévisible qu’un lever de soleil : voir se créer les conditions qui poussent les gardiens du temples à s’en emparer pour le « sauver » ou pour tout autre cause plausible.  Seuls les naïfs ont cru un seul instant que c’était pour introduire la « démocratie et la justice » dans ce pays meurtri par des décennies où l’une et l’autre n’ont été qu’un rêve. Un rêve que ces deux Colonels ont veillé personnellement, et avec zèle, à ce qu’il ne se réalise pour les millions de leurs compatriotes.  Au cours de la transition menée avec ruse pour que rien ne change à part l’exil doré de Ould Taya et que certainement ni la démocratie et encore moins la justice ne prennent racine, il ont crée les conditions qui ont favorisé le coup d’état du 6 Août passé.  Tout comme le Coup du 3 Août, 2005, celui-là non plus n’était pas imprévisible.  Nous voilà dont à la case départ, une fois de plus, lorsqu’un autre officier d’une armée longtemps désertée par le professionnalisme, le caractère républicain et national, à l’ambition démesurée, se prend à rêver et à se dire « pourquoi pas moi, si même un Ould Taya…. ?

Mais il y a une autre réalité que l’engrenage des coups, contrecoups, et autres preuves du dysfonctionnement des relations civilo-militaires ont toujours eu du mal à intégrer.  À l’ère de la démocratisation, il y a un facteur « fâcheux » qui s’ajoute à l’équation : Lorsque les peuples ont goûté aux libertés, même étriquées, que les auteurs de coups, sont contraints de distiller pour sacrifier à l’air du temps, ils sont prêts à tout, y compris leurs propre « coup d’état » pour ne pas se soumettre à une autre dictature militaire.  Et ce, quelle que soit la taille de la moustache du colonel du moment.

Comme tous les coups d’état, celui des peuples aussi peut se faire par étape.  La première étape a été celle de faire échouer celui du tout dernier de nos colonels.  Et croyez-moi celui du 6 Août, 2008 a bien échoué, le premier critère du succès d’un coup d’état étant, pour son auteur, s’il n’est pas tué en menant le coup, qu’il ne compose pas du tout, la force étant le seul langage qu’il tient.  Il s’agira donc d’engager et de réussir la deuxième étape de ce coup d’état du peuple Mauritanien, dire à jamais adieu a tout pouvoir qui aie, de près ou loin, un relent militaire.  Pour n’importe lequel de nos deux colonels, il sera de par trop militaire, croyez-moi! Il ne sera pas démocratique, ne peut simplement pas l’être.

Au cours de la première phase de ce « coup d’état civil », le peuple Mauritanien a pu juger qui de ses leaders, ses « officiers » civils, pour ainsi dire, sont à même de parachever leur coup.  Les tragédies faisant naître de grands hommes, il est évident que le dirigeant qui a le plus incarné cette volonté de faire échec au putsch du 6 Août 2008 et qui a le plus incarné les aspirations du peuple Mauritanien à en finir une fois pour toutes avec ces anachronismes a été M. Messaoud Ould Boulkheir.  Il n’y a aucun doute que si bien des dirigeants dans le cadre du FNDD et en dehors de ce cadre, se sont illustrés par leur volonté de faire échec à ce coup d’état militaire stupide qui a porté un immense préjudice au peuple Mauritanien et à ses aspirations légitimes à la stabilité et au progrès social.  Des millions de Mauritaniens anonymes ont aussi participé vaillamment comme autant de soldats armés seulement de leur volonté de faire prévaloir leurs droits et de leur détermination à barrer la route à une dictature embryonnaire, quel qu’en soit le prix.  Tous méritent reconnaissance et respect, et le moment venu, cet exploit célébré comme il doit.  C’est cependant M.  Ould Boulkheir qui a coulé de l’acier dans notre échine collective par son courage personnel, son abnégation, son sens de l’état, et son attachement aux principes de justice et de démocratie--précisément-- qu’il a aussi incarnés bien avant cette crise.  Que vivement donc le parachèvement de notre coup d’état civil, pourquoi pas dés le 18 Juillet 2009, exactement trente et un ans et une semaine après que la Mauritanie ait été frappée de cette calamité du bon Dieu appelée le coup d’état militaire. 

 

Dr. Boubacar N’Diaye

Chercheur/Politologue